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Place de la spiritualité dans la psychanalyse

Q : Quelle est la place de la religion ou de la spiritualité dans l’approche psychanalytique ?

R : Le mot «religion», du latin «religio» peut étymologiquement être rattaché à «religare», ce qui lie, les hommes entre eux, ou les hommes à Dieu. Mais débattue, son étymologie peut aussi renvoyer à «relegere», suggérant le fait de porter une attention scrupuleuse aux dieux. Dans la spiritualité, cette attention est portée sur les reflets divins en soi, il s’agit moins comme dans les religions de croire à l’existence d’un dieu extérieur que de faire une expérience intime du divin. Ou comme le philosophe allemand Rudolf Otto (1869-1937) le nommait : le numineux, ou l’expérience du sacré en soi, qui inspire à la fois effroi et fascination.

Freud considérait la religion comme une expression des relations infantiles de soumission à l’autorité et il l’abordait sous l’angle de la psychologie : les conflits inconscients et la psychopathologie expliquaient selon lui le phénomène religieux. A la fin du 19e siècle, Freud est mal considéré en raison de son point de vue sur la religion et plus encore du fait qu’il attribuait un rôle primordial à la sexualité dans la compréhension du psychisme.

Carl Gustav Jung était le jeune disciple préféré de Freud, en qui il voyait son successeur. Jung a eu le courage de risquer la réputation de médecin qu’il avait déjà à Zurich en soutenant les thèses de Freud. En dépit de leurs nombreux échanges, Jung s’est pourtant détaché de son maître en lui reprochant une attitude dogmatique au sujet de ses convictions théoriques, alors que Freud avait paradoxalement le mérite de remettre en question les dogmes, au profit d’un esprit critique et d’une démarche scientifique. Ce différend les a conduit à une rupture lors d’un voyage commun aux Etats-Unis, tandis que le courant psychanalytique prenait son essor. La question de la spiritualité a pris un rôle central dans les travaux de Jung.

L’oeuvre de Jung a connu un développement considérable dans la culture occidentale, mais il a été mis sous silence par une large part de la communauté psychanalytique internationale, fidèle à Freud, le père fondateur. L’héritage de Freud continue viser la compréhension et le traitement de la psychopathologie, tandis que pour Jung, la cure psychanalytique vise par dessus tout à favoriser le développement de la spiritualité. Toutefois l’un et l’autre courants prennent racine dans les interrogations sur la souffrance humaine, l’un et l’autre visent les processus d’individuation qui conduisent à une plus grande liberté intérieure. Des dissensions majeures existent pourtant aujourd’hui encore au sein de la communauté des psychanalystes. On continue, comme dans tous les groupes humains organisés, à trouver des membres dogmatiques, campés dans la crainte des changements que les nouvelles générations stimulent, tandis que d’autres accueillent plus facilement des perspectives nouvelles.

Hormis cet élément historique lié à l’histoire de la grande famille psychanalytique, qui a elle aussi ses histoires, il importe de souligner le risque de dérives liées aux phénomènes religieux ou spirituels, quand l’illusion et des confusions prennent le pas sur l’exploration de la vie profonde, au sens où Jung le décrivait dans ses nombreux écrits. Car la spiritualité peut devenir un fourre-tout qui justifie toutes sortes de choses sans lien avec la recherche d’une vérité singulière, raison pour laquelle de manière je pense exagérée, nombre de psychanalystes considèrent que ces questions n’entrent pas dans le champ de leurs recherches. Bien que je fréquente les séminaires de psychanalyse à Genève depuis plus de vingt ans, bien que Jung ait une renommée mondiale indiscutable, je n’ai pas le souvenir qu’il ait été une seule fois question de sa vie et de ses travaux dans nos échanges entre collègues…

Les détracteurs de Jung ont pu le faire passer pour quelqu’un de farfelu, alors qu’il rendait compte d’expériences personnelles et de très nombreuses observations chez ses patients dans lesquelles la dimension religieuse apparaissait à la faveur d’un contact profond avec la partie inconsciente de soi. Selon Jung, comme on le trouvait chez des philosophes comme Maître Eckart au 13e siècle, mais aussi dans la pensée bouddhiste, il existe une dimension religieuse universelle au coeur de l’âme humaine, aussi importante que le rôle joué par la sexualité dans la théorie freudienne. On se souvient que Maître Eckart, théologien mystique, qui enseignait une spiritualité de l’intériorité en l’opposant aux représentations anthropomorphiques de Dieu, avait fâché les représentants de l’Église qui le considéraient comme hérétique. Jung était peut-être un hérétique des constructions théoriques de Freud, même si depuis plus de cent ans la psychanalyse a continué de s’enrichir de contributions qui ont largement dépassé le cadre des travaux de son fondateur, sans en diminuer l’importance et le rayonnement.

On voit donc que la question religieuse ou du sacré divisait et qu’elle divise encore, et peut-être du fait même qu’elle se situe au coeur même du développement psychique. Je pense que si pour la plupart des psychanalystes la question du religieux dans la cure est rarement discutée, elle n’en demeure pas moins une interrogation centrale dans ce qui renvoie au sens de la vie, à la question de la mort. Ces questions surgissent immanquablement sous une forme ou une autre lors d’un travail psychanalytique approfondi, dès lors que l’on s’éloigne des préoccupations symptomatiques. Jung suggérait trois périodes successives de la vie : le temps pour produire, le temps pour se reproduire, le temps pour donner du sens à l’existence.

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