Passer au contenu principal

Les psy doivent-ils avoir peur de l’intelligence artificielle ?

Q : Pourquoi consulter un psy si je peux soumettre mon problèmes à l’i.a. capable de me donner en une fraction de seconde des réponses et des solutions concrètes ?

R : Les psy doivent-ils avoir peur de l’i.a. ? Si les psy cherchent à rivaliser avec la capacité phénoménale de calcul de l’intelligence artificielle, avec sa capacité de synthèse, ses réponses instantanées, sans compter l’accès sans délai à un outil jamais fatigué d’écouter nos misères quotidiennes, alors oui, bien des psy pourraient mettre la clé sous le paillasson. A quoi bon se donner la peine de consulter un professionnel s’il nous fait avancer à la vitesse d’un char à foins, alors que nous avons l’impression d’avoir sous la main une voiture de course ?

Mais peut-être la valeur d’un entretien avec un psychothérapeute réside justement dans ce qui peut apparaître au premier coup d’œil comme son insuffisance : ses limites, ses doutes, et s’il est psychanalyste, son abstinence qui le conduit à ne pas porter de jugement de réalité, à ne donner ni conseils ni solutions toutes faites, mais juste à prendre le temps d’une écoute active.

La psychanalyse nous aide à penser deux types de liens : les relations perçues en « double » où prévaut l’idéalisation et la pensée magique, par opposition aux relations fondées sur la différence, qui ouvrent vers ce que nous ne connaissons pas encore, à une créativité, et qui contribue au sentiment d’exister en tant que personne unique. Le premier mode est fondé sur des croyances et des illusions, le second sur les doutes et des hypothèses, ce mode prévalant dans la démarche scientifique. Le premier mode fige la pensée, le second s’inscrit dans la durée d’un apprentissage.

Lorsque l’intelligence artificielle est utilisée comme un moyen de réflexion, elle peut renforcer cet apprentissage, au travers d’échanges constructifs avec la machine, mais lorsque les réponses de l’i.a. sont considérées comme une vérité indiscutable, alors cela risque bien de figer la pensée. Cette posture renforce les traits narcissiques de la personnalité, suscitant souvent un sentiment de vide, une diminution de l’estime de soi et tout un cortège de difficultés liées à un appauvrissement de notre capacité de vivre l’instant présent au travers de nos sens, de notre sensibilité, de notre mémoire et de nos capacités de la penser, que ce soit dans nos rêveries ou dans une réflexion. Le recours à l’intelligence artificielle comporte le risque de favoriser une relation de soumission à un discours qui n’est pas le nôtre.

Heureusement, ce n’est pas toujours le cas, car l’i.a. peut être mise à contribution d’un véritable échange de points de vue et stimuler une réflexion. Mais cela suppose à mon avis que l’on y recoure de manière sporadique, avec des moments suffisamment longs durant lesquels nos pensées puissent vagabonder et trouver leur propre chemin. Notre sentiment d’exister dépend de ce temps long durant lequel l’expérience de la vie quotidienne, les fluctuations de nos affects, les rencontres avec les autres contribuent à nous enrichir, tandis qu’un savoir numérique, aussi précis et savant soit-il, n’est qu’une abstraction sans connexion authentique à ce que nous avons de vivant en nous.

L’idée de régler magiquement la souffrance par une explication lumineuse, ou une action réparatrice, est une illusion qui peut temporairement soulager de douloureux sentiments d’impuissance face à un problème, mais elle se révèle très vite insuffisante à apaiser les tensions ou la souffrance sous-jacente.

Ceux qui ont pu en faire l’expérience savent que les silences du psychanalyste, sa capacité de ne pas savoir tout de suite, sa patience, son humilité, la qualité humaine du lien partagé sont un soutien bien plus précieux que des interventions brillantes. Lorsque l’on souffre, le besoin d’être authentiquement écouté est essentiel, la possibilité de s’identifier à un psy à l’écoute mais qui ne sait pas tout, qui cherche à nous comprendre dans un cheminement commun, cette expérience humaine confère un sentiment d’exister bien plus profond qu’un ordinateur. J’ai été personnellement très amusé par la réponse de l’i.a., alors que j’essayais de lui confier un souci personnel, et qu’elle commençait sa réponse avec ces mots : « Je ressens bien ce que vous pouvez vivre »…

En résumé, l’usage occasionnel de l’intelligence artificielle peut ouvrir des pistes de réflexion à une personne suffisamment ouverte à l’auto-critique, capable de poser des questions ouvertes, et qui n’attend pas des réponses à l’allure de certitudes. Cependant il importe de revenir suffisamment aux sources de la vraie vie afin de ne pas se laisser piéger dans l’illusion d’une vérité venant du dehors, car il s’agit du piège de l’illusion en double, privilégiant un mode de croyance tel qu’on l’on retrouve dans des formes d’autoritarismes ou de fanatismes. Ceci est d’autant plus pertinent que l’intelligence artificielle est fascinante et extrêmement séduisante, car elle est reflète ce que nous avons envie d’entendre.

La cure analytique ne se réduit pas à une résolution de problèmes ; elle est un espace où se déploient des émotions, des silences et des non-dits qu’aucune machine ne peut capter ni interpréter avec justesse. La présence corporelle du psychanalyste lui permet de s’identifier au patient. Une telle rencontre favorise des moments d’émergence et de sens qui ont une valeur de transformation. On pourrait évoquer l’image de la «lumière de l’âme» qui apparaît dans une relation authentique, et non pas une simple compréhension intellectuelle, soit le calcul savant de l’i.a. Une telle rencontre s’inscrit dans un processus thérapeutique, une histoire entre deux personnes qui fait office de caisse de résonance pour explorer des aspects de la vie du patient qui ne sont pas accessibles par le seul raisonnement. De plus, l’espace thérapeutique est un cadre sécurisé dans lequel le patient peut revivre des émotions fortes en faisant l’expérience que l’autre ne le fuit pas, qu’il ne l’attaque pas, qu’il ne le juge pas, même quand il se sent vulnérable : faire l’expérience de stabilité et de bienveillance au cœur d’une relation humaine est un élément thérapeutique essentiel.

Crise familiale, couple en crise

Q: Nos enfants sont en âge d’adolescence et notre couple prend du plomb dans l’aile : mon mari et moi-même ne parvenons plus à nous entendre. Est-il encore possible de sauver notre couple ?

Psychothérapie : recette miracle ou cheminement ?

Q : J’aimerais pouvoir trouver très rapidement une solution à mes problèmes personnels sans avoir à m’engager dans un travail psychologique qui prenne du temps.

Psychologue et foi religieuse, quel psy choisir ?

Q : Je suis pratiquante et je voudrais rencontrer un psychologue qui partage ma foi religieuse, mais une amie m’a dit que cela n’était pas nécessaire. Qu’en pensez-vous ?

Est-il normal d’avoir des pensées folles ?

Q : Ne faut-il pas être un peu fou pour consulter un psy ?

Renoncer à une psychothérapie : quel coût ?

Q: Je risque de perdre mon emploi car je ne suis plus du tout à mon affaire dans mon travail depuis des mois. Mais j’hésite encore à consulter un psy, car j’ai entendu dire qu’une psychothérapie peut durer longtemps et coûter cher.